Sur le Terrain et Ailleur

Docteur Google

Écrit par Jasmine Miller
Publié le

Le fait de chercher, sur Google, nos symptômes de santé, est autant un réflexe que de faire une grimace lorsqu'on se cogne un orteil.  

Lorsqu’on sent une contraction douloureuse dans l’épaule ou une chaleur fulgurante dans la jambe, ou qu’on ressent à peu près n’importe quel symptôme, plutôt que d’aller chez le médecin, on ouvre notre portable et on laisse un algorithme nous dire ce qui ne va pas. 

Il faut éviter cette tentation, aussi forte soit-elle. « La recherche d'information en ligne, sans obtenir une opinion professionnelle, invite au désastre », affirme Glenn Burke, thérapeute du sport agréé chez Advanced Physiotherapy and Sports Medicine à Hamilton.

La vérification des symptômes en ligne semble aider à comprendre la douleur. Il suffit de cliquer sur les problèmes (douleur lancinante, sourde, à la pression, enflure, etc.), l’âge, le sexe et quelques autres détails. Au bout d’une demi-seconde, le moteur de recherche produit une liste de causes possibles et de traitements recommandés. Souvent, l’une de ces recommandations est de consulter le professionnel que nous voulions éviter, mais il y a également des remèdes maison, des étirements et des exercices.  

C’est bien, mais il y a un problème de taille : les algorithmes ne donnent pas de diagnostics aussi précis que les humains. Selon le rapport « Comparison of Physician and Computer Diagnostic Accuracy » dans la publication JAMA Internal Medicine, les médecins posent le bon diagnostic presque deux fois plus souvent que les vérificateurs de symptômes en ligne, même s’ils n’ont pas le patient devant eux.

C’est là où Glenn Burke voit des problèmes possibles. Par exemple, « disons que vous vous fiez à Google, qui laisse entendre que vous avez une rupture du muscle ischio-jambier, dit-il. Alors vous faites des étirements et des exercices pour les muscles ischio-jambiers, comme le dit Google, mais la douleur empire; maintenant, vous avez une douleur dans la fesse. Mais vous vous dites : "Je vais continuer mon entraînement, il faut donner un peu plus de temps au muscle." Quand vous allez finalement consulter un professionnel, vous découvrez que vous n’avez jamais eu de rupture du muscle ischio-jambier. » 

Le problème se situe plutôt au niveau de l’articulation sacro-iliaque, une articulation du bassin qui, si elle est irritée, cause une douleur qu’on peut méprendre pour un problème du muscle ischio-jambier. Le traitement des problèmes dans l’articulation sacro-iliaque est très différent du traitement d’une blessure au muscle ischio-jambier. Si vous avez suivi les conseils du docteur Google pour soigner le muscle ischio-jambier, vous avez peut-être aggravé le problème. 

« Appelez-moi Sherlock Holmes, déclare Glenn. Donnez-moi les indices et je déduis, selon des tests objectifs, une interprétation suggestive et mon expérience, ce qui ne va pas. » 


Dr Google ne peut pas vous soumettre à de tels tests : il ne dispose que de vos indices et ne peut les combiner à des tests orthopédiques. De plus, souvent, Google n’exige que des descriptions simples de la douleur, qui peuvent passer à côté des problèmes plus graves parce qu’il n’est question que de la douleur. Par exemple, si la personne mentionne une douleur dans le bras gauche, la douleur peut être attribuable à une blessure à l’épaule, mais également signaler une crise cardiaque.

« On enseigne aux thérapeutes du sport à ne pas enquêter sur la douleur et à ne pas regarder seulement où elle se trouve, explique Glenn. Une douleur au muscle ischio-jambier peut indiquer bien plus qu’un problème concernant ce muscle. Il pourrait s’agir d’un problème parmi 20, et si on traite le mauvais, les conséquences peuvent être désastreuses. »

Alors, faut-il chercher ses symptômes sur Google? Difficile de résister à la tentation. 

« Nous sommes à l’ère de l’information, fait remarquer Glenn. Mes patients peuvent me dire qu’ils ont trouvé quelque chose en ligne et me poser des questions, ce qui n’est pas mauvais. Mais il faut envisager l’information en ligne d’un œil blasé et choisir soigneusement ses sources. » 

Nombre de vérificateurs de symptômes sont liés à des organismes réputés comme la Mayo Clinic, et divers gouvernements. Le gouvernement de l’Alberta en a un, et le gouvernement australien offre une application téléchargeable

« Lisez l’information et tâchez de comprendre ce qu’elle dit, puis allez consulter un professionnel, conclut Glenn. Il vous faut un pro dans votre équipe. »


Thérapeute du sport
Glenn Burke

CAT(C)

Glenn est thérapeute du sport agréé et directeur clinique de Advanced Physiotherapy and Sports Medicine, à Hamilton, en Ontario. Il a été directeur médical de l’équipe canadienne de rugby en fauteuil roulant et a été thérapeute du sport dans la Ligue canadienne de football. Glenn est papa de deux jeunes joueurs de hockey, et heureusement, sa femme est très compréhensive!